L'église Saint-Bernard-de-la-Chapelle

 

Le style néogothique naît au milieu du XVIIIe siècle en Angleterre, et cherche faire revivre des formes médiévales, en contraste avec les styles classiques dominants à l’époque. Le mouvement a une influence importante en Europe et en Amérique du Nord, marquant les esprits et les paysages. Il est porté, dans sa période de maturité, au milieu du XIXe siècle, par le romantisme, le renouveau du goût pour l’histoire, médiévale en particulier, et un nationalisme militant à la recherche de ses propres racines dans le passé.

Il s’appuie sur des formes qui ont continué d’exister après XVe siècle, surnageant, dans quelques projets de cathédrales et d’églises dans des régions rurales de plus en plus isolées, ou bien dans un contexte urbain (Oxford et Cambridge fin XVIIe siècle). Fin XVIIIe, le romantisme amène un intérêt positif pour le Moyen Âge, et il se crée une approche admirative des arts médiévaux (architecture, monuments mortuaires, vitraux, manuscrits…), ou du « pittoresque » des ruines médiévales.

En France, des universitaires, « antiquaires » et historiens (Alexandre de Laborde, Arcisse de Caumont, Michelet…), des architectes, restaurateurs et responsables des monuments historiques (Viollet-le-Duc, à Vezelay vers 1840, Mérimée inspecteur des Monuments historiques en 1833..), et même les écrivains (Victor Hugo dans Notre Dame en 1831, etc.) promeuvent le Moyen Age et ses styles, considérant que « l’architecture gothique a ses propres beautés ».

Si les Anglais considèrent le gothique comme « Early English », les Allemands (héritiers des « goths ») et les Français créateurs de Notre Dame (1163) affirment que le gothique est originaire de leur propre pays. Ils y lisent non seulement des vertus architecturales et nationales, mais aussi un élan et une foi chrétienne exemplaires, « l’arche pointée était produite par la foi catholique ».

Eugène Viollet-le-Duc modifie un peu l’approche française. Inscrite dans la théorie et le discours, elle est doublée d’une approche rationnelle, contrastant avec les origines romantiques du renouveau et permettant le développement architectural et structurel des principes anciens du gothique dans des bâtiments nouveaux, construits avec des méthodes et des matériaux modernes.

On peut voir dans Saint-Bernard-de-la-Chapelle le résultat de ces évolutions, dans le réemploi des formes anciennes de l’art gothique (voûtes, arc gothique, vitraux…), mais désormais portées par une structure moderne (armature en fer) où elles ne sont plus qu’un décor, et non une méthode pour soutenir et alléger la construction comme dans Notre-Dame.

Détails extérieurs de l'arrière de l'église Saint-Bernard

Par ailleurs, certains éléments, comme la sonorité ou la lumière, restent conformes à une spiritualité du XIXe siècle, davantage portée sur l’introspection et la piété personnelle. Il faut, à l’instar de ce que suggère Suger, abbé parisien, en 1144, quand il commande les vitraux pour Saint-Denis, « diriger la pensée des fidèles par des moyens matériels vers ce qui est immatériel ». Les finances par ailleurs ne manquent pas : Napoléon III est fort soucieux de son électorat catholique, et le soin et les finitions apportées à cette église sont très importants.
Clairement, même la construction de l'orgue profite de cette munificence.


Détail des ferroneries placées derrière le choeur de l'église de Saint-Bernard.